Dans la quête d'alternatives aux polymères issus de la pétrochimie, une solution biologique émerge pour s'inviter dans l'industrie agroalimentaire : le mycélium. Ce réseau racinaire des champignons ne se contente plus de nourrir la terre ; il devient une matière première stratégique pour concevoir des emballages biosourcés, protecteurs et intégralement compostables.
La bio-fabrication : Comment transformer un champignon en packaging ?
Le processus, souvent appelé « bio-fabrication », repose sur une synergie entre la mycologie et l'ingénierie des matériaux. Contrairement à la fabrication plastique qui nécessite de fortes énergies, le mycélium croît à température ambiante en utilisant des déchets organiques.
- Upcycling de sous-produits agricoles : Le processus commence par l'utilisation de déchets comme la paille, les balles de céréales ou même le marc de café.
- Croissance biologique : Le mycélium est inoculé dans ces substrats. En quelques jours, il tisse un réseau dense de fibres qui lie les particules entre elles pour former un matériau solide.
- Inactivation thermique : Une fois la forme souhaitée obtenue (grâce à des moules), le matériau est séché. Cette étape stoppe la croissance du champignon et stabilise le produit final.
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Performances techniques : Bien plus qu'un substitut au polystyrène
Le mycélium est une alternative sans plastique et neutre en carbone. Il est totalement biodégradable et peut être composté directement dans un jardin, contrairement aux plastiques biosourcés qui nécessitent souvent des conditions industrielles. Sa fabrication nécessite peu d'énergie car le matériau "pousse" naturellement.
L'innovation apportée par le mycélium réside dans ses propriétés physiques intrinsèques qui rivalisent avec les solutions synthétiques traditionnelles.
- Isolation et protection : Naturellement isolant thermique et résistant aux chocs, le mycélium est l'alternative directe au polystyrène expansé (PSE) pour le calage de produits fragiles ou frais.
- Étanchéité innovante : Des recherches récentes ont démontré que l'utilisation de champignons comestibles spécifiques peut rendre les emballages en papier ou carton résistants aux liquides, ouvrant la voie à des contenants alimentaires sans film plastique ajouté.
- Propriétés barrières : Des start-ups comme Hiro Technologies explorent même l'utilisation de champignons capables de dégrader certains plastiques, tout en créant des structures de protection hautement performantes.
| Caractéristiques | Mousse à base de mycélium | Emballages à partir de champignons (fructification/extraits) |
|---|---|---|
| Technologie utilisée | Croissance du mycélium comme liant sur un substrat solide (chanvre, copeaux). | Utilisation de la structure du champignon ou de revêtements à base de champignons comestibles. |
| Propriétés principales | Absorption des chocs, isolation thermique, légèreté. | Imperméabilisation des liquides, barrière protectrice. |
| Applications types | Protection secondaire (cales, boîtes), isolation. | Revêtements pour papier/tissu, emballages souples, dégradation de polymères. |
| Fin de vie | Compostable à domicile (45 jours). | Biodégradable, parfois comestible ou dégradant le plastique. |
Cas d'usages et enjeux pour la filière alimentaire
Le mycélium n'est plus une curiosité de laboratoire, il trouve des applications concrètes répondant à plusieurs usages :
- Calage pour bouteilles et épicerie fine : Des entreprises comme Mushroom Packaging ou Magical Mushroom Company fournissent déjà des solutions de calage sur mesure pour le secteur des vins et spiritueux.
- Contenants pour produits frais : Grâce à sa capacité à réguler naturellement l'humidité, il est testé pour la conservation de fruits et légumes, prolongeant potentiellement leur durée de vie.
- Origine et fin de vie circulaire (de la terre à la terre) : le modèle de production repose sur la valorisation de co-produits agricoles (chanvre, marc de café, paille), ce qui assure une source de matière première abondante et peu coûteuse Contrairement aux bioplastiques qui nécessitent parfois un compostage industriel, l'emballage à base de mycélium est "Home Compostable" (compostable à domicile). Il se décompose en quelques semaines dans un jardin, enrichissant le sol au passage.
Cas d'usages et enjeux pour la filière alimentaire
Le mycélium n'est plus une curiosité de laboratoire, il trouve des applications concrètes répondant à plusieurs usages :
- Calage pour bouteilles et épicerie fine : Des entreprises comme Mushroom Packaging ou Magical Mushroom Company fournissent déjà des solutions de calage sur mesure pour le secteur des vins et spiritueux.
- Contenants pour produits frais : Grâce à sa capacité à réguler naturellement l'humidité, il est testé pour la conservation de fruits et légumes, prolongeant potentiellement leur durée de vie.
- Origine et fin de vie circulaire (de la terre à la terre) : le modèle de production repose sur la valorisation de co-produits agricoles (chanvre, marc de café, paille), ce qui assure une source de matière première abondante et peu coûteuse Contrairement aux bioplastiques qui nécessitent parfois un compostage industriel, l'emballage à base de mycélium est "Home Compostable" (compostable à domicile). Il se décompose en quelques semaines dans un jardin, enrichissant le sol au passage.
Les entreprises positionnées sur ce marché :
Voici quelques entreprises qui proposent une offre de matériaux ou d’emballages à base de mycélim.
- S-lab : Cette entreprise de biotechnologie se spécialise dans les solutions à base de mycélium dédiées au secteur alimentaire. Leur technologie vise à créer des alternatives durables au plastique en exploitant la croissance naturelle des champignons. Ils se concentrent sur le développement de matériaux fonctionnels et respectueux de l'environnement pour réduire les déchets. Leur travail représente une avancée majeure dans la fabrication écologique.
- Hiro Technologies : Start-up innovante, elle explore le potentiel des champignons mangeurs de plastique. Leur approche unique utilise des souches fongiques spécifiques pour décomposer les polymères, même à domicile. Au-delà de la gestion des déchets, ils appliquent cette technologie à des produits tels que des couches durables. Leur objectif est d'engager le consommateur dans une économie circulaire via l'expérience "Hiro".
- Permafungi : Entreprise sociale belge, elle transforme les déchets agricoles en matériaux durables. Leur modèle circulaire utilise notamment le marc de café pour faire pousser des pleurotes, puis valorise le substrat restant en mycomatériau. Ils produisent des emballages biodégradables de haute qualité, incluant des solutions spécifiques pour le secteur des spiritueux. Leurs produits offrent une alternative robuste au polystyrène expansé.
- Magical Mushroom Company (MMC) : Leader au Royaume-Uni, MMC produit des emballages en utilisant un mélange de chanvre et de mycélium. Leurs produits sont conçus pour remplacer directement les mousses plastiques comme l'EPS. Ils fournissent des solutions pour divers secteurs, de l'électronique aux produits de luxe. Leur emballage est entièrement compostable à domicile en 45 jours.
- Mushroom Material : Cette entreprise crée des matériaux haute performance pour remplacer les plastiques traditionnels. Leur technologie combine le mycélium et les déchets agricoles pour produire une mousse polyvalente. Ce matériau offre d'excellentes propriétés d'isolation et d'absorption des chocs. Ils visent une solution industrielle capable de concurrencer le plastique sur la performance et le prix.
- Mushroom Packaging : Marque commerciale utilisant la technologie brevetée d'Ecovative, elle propose un matériau "cultivé". Le mycélium sert de liant naturel pour solidifier des sous-produits agricoles dans des moules. Le résultat est un emballage résistant à l'eau et au feu, totalement biodégradable. C'est une référence mondiale pour la protection d'articles lourds ou délicats pendant le transport.
Enjeux et Défis
En vue de leur déploiement à grande échelle comme alternative aux matériaux pétrosourcés, ces mycomatériaux doivent relever plusieurs défis :
- Les rendre aptes au contact alimentaire : Des chercheurs de l’Université de Singapour développent des emballages spécifiquement pour le contact alimentaire direct, visant des solutions abordables et extensibles à l'échelle industrielle, alternatives aux revêtements plastiques ou aux produits chimiques comme les PFAS. L'enjeu est de garantir l'absence de migration de particules fongiques tout en assurant l'étanchéité pour des gobelets en carton ou des emballages souples en papier.
- Garantir leur recyclabilité (PPWR) : Au sens du PPWR, les emballages en mycélium ne sont pas automatiquement considérés comme « recyclables » : leur statut dépendra de la façon dont ils seront intégrés dans des filières de collecte/tri/recyclage reconnues (ou éventuellement de compostage) et de la note de recyclabilité qui en ré Le PSE est de plus en plus critiqué car difficile à recycler en pratique, malgré quelques filières spécifiques, et il est clairement dans le viseur du PPWR qui pousse à le remplacer par des matériaux mieux recyclables. Avec une utilisation en calage de transport dans un emballage carton, si le carton respecte bien les critères « design for recycling », un kit 90 % carton / 10 % mycélium a de bonnes chances d’être classé au moins grade C, voire B, donc autorisé en 2030 et après 2038 (car ≥ 80 %). Le point de vigilance sera de garder le mycélium séparable du carton, clairement identifié pour une autre fin de vie (compostage/biodéchets), et de le documenter dans le dossier technique PPWR
- Maitriser les coûts de production : Le défi actuel reste la montée en échelle pour atteindre la parité de coût avec le polystyrène, bien que les technologies deviennent de plus en plus scalables. Les travaux actuels, se concentrent sur la réduction des temps de culture du mycélium pour concurrencer les coûts de production du plastique traditionnel. Des entreprises comme S-lab et Mushroom Material travaillent sur des procédés de fabrication "verte" automatisés, permettant de produire des volumes massifs tout en garantissant des propriétés constantes de résistance et de protection.
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