Au 1er juillet 2026, les premiers barèmes d'éco-contribution de la REP Emballages Professionnels (EPRO) entrent en application. Films de palettisation, caisses de transport, IBC, seaux, bidons : l'ensemble des emballages B2B de l'agroalimentaire est concerné. Ce décryptage pose le cadre de ce nouveau mécanisme, ses tarifs et les échéances à intégrer dès maintenant.
Un périmètre qui couvre l'ensemble des emballages B2B
La REP EPRO s'applique à tous les emballages mis sur le marché français à destination des professionnels, quel que soit le matériau et qu'ils aient contenu ou non des produits dangereux. Quatre catégories sont visées :
- L'emballage de vente (bidons, seaux, flacons, IBC)
- L'emballage groupé (plateaux, PLV à fonction d'emballage)
- L'emballage de transport (palettes, films de palettisation, caisses) — L'emballage de production primaire (contenant de produits agricoles non transformés)
Pour l'agroalimentaire, cette largeur de périmètre signifie concrètement qu'un film de palettisation en PE souple, une caisse carton ondulé, un IBC de 1 000 litres et un seau plastique de conditionnement relèvent tous de la même logique de contribution : un calcul au poids, modulé par le matériau.
Ce que disent les tarifs 2026
Les trois éco-organismes agréés — Léko Pro, Twiice et Citeo Pro (agréé le 5 juin 2026) — publient désormais leurs barèmes pour le second semestre 2026. La contribution est calculée au poids par matériau, avec une hiérarchie tarifaire convergente entre les trois opérateurs.
Le plastique est facturé entre 217,80 €/t (Léko Pro) et 221,10 €/t (Citeo Pro). Le papier-carton se situe entre 34,72 €/t (Léko Pro) et 40,90 €/t (Citeo Pro). Le bois entre 8,08 €/t (Léko Pro) et 14,40 €/t (Citeo Pro). Citeo Pro couvre également l'acier (30,20 €/t) et l'aluminium (16,80 €/t) dans sa grille.
Le rapport est de 1 à 5 entre plastique et carton, de 1 à 15 entre plastique et bois. La hiérarchie est identique chez les trois éco-organismes, mais Citeo Pro est systématiquement le plus élevé sur tous les postes. Pour les industriels, la conséquence directe est qu'un pelliculage plastique, un renfort PE ou un film de protection sur un emballage carton pèse sur la facture REP de manière disproportionnée par rapport à sa masse. La formule de calcul impose de déclarer chaque matériau séparément dans un emballage composite — y compris les parts minoritaires de plastique, pour lesquelles l'exception des 5 % ne s'applique pas.
À titre de comparaison historique, les tarifs Citeo 2025 pour la restauration affichaient environ 535 €/t pour le PET clair et plus de 1 600 €/t pour les plastiques contenant du PVC. Le barème EPRO 2026 de Citeo Pro (221,10 €/t pour le plastique générique) est nettement inférieur à ces niveaux — la REP restauration intégrait des coefficients sectoriels et une contribution à l'unité qui alourdissaient la facture.
Pour les petits producteurs, des forfaits simplifiés existent : 95 € HT chez Léko Pro (< 2 t/semestre), 100 € HT chez Twiice (< 2 t/an), 145 € chez Citeo Pro (< 4 t/an, soit 2 t pour le semestre). Là aussi, Citeo Pro est le plus élevé.
Le calendrier : trois échéances à intégrer
1er juillet 2026 — Entrée en vigueur des premiers barèmes d'éco-contribution Léko Pro et Twiice. Les entreprises doivent avoir adhéré à un éco-organisme et préparé leurs données de mise en marché.
Janvier 2027 — Les déclarations détaillées des mises en marché du second semestre 2026 devront être transmises aux éco-organismes. C'est à cette date que la fiabilité des données emballages (poids, matériaux, usages) sera testée pour la première fois.
Courant 2027 — Entrée en vigueur des primes à l'incorporation de matières plastiques recyclées (de 450 à 1 000 €/t selon le type de boucle) et de nouvelles éco-modulations fondées sur la recyclabilité. C'est aussi l'horizon des premières obligations quantitatives de réemploi (10 % d'emballages réemployés mis sur le marché selon le chiffre d'affaires).
Réemploi : les données de cadrage
L'un des signaux les plus structurants du barème est la place donnée au réemploi. Un emballage réemployable bénéficie d'une réduction de 50 % de son éco-contribution dès la première mise en marché. Un emballage réemployé — ayant déjà contribué lors d'un cycle précédent — ne donne lieu à aucune nouvelle contribution.
Les objectifs réglementaires confirment cette orientation : réduction d'au moins 5 % des emballages à usage unique d'ici 2030, taux de réemploi de 40 % pour les emballages de transport en 2030 et 70 % en 2040, 100 % d'emballages recyclables d'ici 2030.
Où en est-on ? Selon l'Observatoire du Réemploi (ADEME), un peu plus de 2 % des emballages étaient réemployés en 2024, contre un objectif réglementaire de 6 % pour cette même année. L'écart est considérable. Mais les potentiels varient fortement selon le type d'emballage : l'ADEME estime le potentiel de réemploi à 80 % pour les IBC et palettes, 70 % pour les caisses plastiques, 20 % pour les cartons, et seulement 5 % pour les housses de palettes. L'offre de solutions B2B existe et se structure — caisses réutilisables, housses logistiques, contenants de transport, fûts réemployables — comme détaillé dans notre article dédié au réemploi des emballages entre pros.
La question pour les responsables emballages n'est plus de savoir si le réemploi est pertinent — le barème et les obligations quantitatives tranchent ce point. La question est de déterminer, pour chaque format d'emballage et chaque circuit logistique, à partir de quel taux de rotation l'économie REP compense réellement les coûts de lavage, de logistique retour et de gestion du parc. C'est un calcul que les barèmes seuls ne permettent pas de faire.
La REP EPRO pose un cadre tarifaire lisible et des échéances précises. Mais entre la grille de tarifs et la décision de conception, il reste une zone de calcul — simulations financières, comparatif des éco-organismes, arbitrages composites, seuils de rentabilité du réemploi — que le barème seul ne couvre pas.
L'analyse complète sur Substack apporte :
- Quatre simulations financières détaillées (allègement, transition réemploi, incorporation recyclé, régime IBC) avec les formules appliquées aux barèmes Twiice et Léko Pro 2026
- Le comparatif complet des trois éco-organismes par matériau, incluant les écarts sur le poste « Autres matériaux » et les régimes forfaitaires
- Les cinq recommandations opérationnelles pour préparer la déclaration de janvier 2027 et sécuriser les primes plastique recyclé
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