À Malines, Albert Heijn, ALDI, Carrefour, Colruyt, Delhaize et Lidl vendent les mêmes champignons dans la même barquette réutilisable. Ce projet pilote de six mois interroge les conditions réelles du passage à l'échelle : logistique partagée, traçabilité numérique et modèle économique viable.
Depuis avril 2026, tous les champignons de Paris blancs vendus à Malines le sont dans une barquette réutilisable standardisée, identique quelle que soit l'enseigne. Le client peut la rapporter dans n'importe quel magasin participant. Ce test, baptisé REPASYS, n'est pas une simple expérimentation de consigne : c'est une tentative de construire l'infrastructure complète d'un système de réemploi multi-acteurs, de la production jusqu'au retour en rayon.
Un consortium qui réunit toute la chaîne
Ce qui distingue REPASYS des initiatives précédentes, c'est la composition du consortium. Six chaînes de grande distribution participent simultanément — une première en Belgique — aux côtés des producteurs (MIVAS), des spécialistes du lavage industriel (deSter), des opérateurs logistiques (Rotion), de l'organisme de traçabilité GS1 Belgilux, et de Fost Plus. Le projet est porté par les clusters Flanders' Food et VIL, avec le soutien de l'agence flamande pour l'innovation VLAIO et l'Université d'Anvers (REuseLab) comme partenaire académique.
"La réutilisation ne fonctionne qu'à grande échelle, et cette échelle ne peut être atteinte que si l'ensemble des supermarchés fournissent un effort commun", explique Henriane Gilliot de Comeos, la fédération belge du retail. Cette logique de mutualisation contraste avec les modèles fermés par enseigne testés jusqu'ici en France ou en Allemagne.
Ce que le test mesure vraiment
REPASYS ne cherche pas à prouver qu'une barquette peut être lavée et réutilisée — cette question technique est réglée. L'objectif est d'identifier les points de friction opérationnels qui empêchent le déploiement à grande échelle :
- Le comportement réel des consommateurs face à un système de consigne inter-enseignes
- Les coûts logistiques du tri, du transport retour et du lavage industriel
- La fiabilité de la traçabilité numérique via codes QR pour suivre chaque emballage sur plusieurs cycles
- La viabilité économique du modèle une fois les volumes montés en charge
Chaque barquette est suivie numériquement grâce à un code QR standardisé (GS1). Le système enregistre le nombre de cycles par emballage, assure le remboursement de la consigne et génère les données nécessaires à l'évaluation du modèle. Karen Arkesteyn de GS1 Belgilux insiste sur le rôle des standards ouverts : "Travailler avec des standards ouverts permet de créer un écosystème interconnecté qui parle un langage commun."
Le calendrier PPWR force la main
Le timing n'est pas anodin. L'Europe s'apprête à limiter fortement les emballages à usage unique pour les fruits et légumes d'ici 2030 dans le cadre du règlement PPWR. Valérie Bruyninckx de Fost Plus le confirme : "L'Europe veut fortement limiter les emballages à usage unique pour les fruits et légumes d'ici 2030. Le réutilisable devient donc plus important que jamais et notre pays veut jouer un rôle de précurseur en la matière."
Pour les industriels et les distributeurs, la question n'est plus de savoir si le réemploi va s'imposer, mais comment le mettre en œuvre sans casser les chaînes logistiques existantes ni faire exploser les coûts. Le projet REPASYS fournira des données chiffrées sur les vrais coûts opérationnels d'un système mutualisé à six mois de fonctionnement.
Champignons : un produit test stratégique
Le choix des champignons de Paris n'est pas un hasard. C'est un produit frais à rotation rapide, vendu en barquette standardisée, avec une logistique déjà rodée entre producteurs et distributeurs. Si le modèle ne fonctionne pas sur ce cas favorable, il ne fonctionnera nulle part. Si au contraire il tient, il ouvre la voie à d'autres catégories de produits frais.
An Vermeulen de Pack4Food rappelle toutefois les contraintes : "Un emballage alimentaire remplit plusieurs fonctions essentielles, à commencer par garantir la sécurité alimentaire et la protection du produit, du producteur jusqu'au consommateur. Toutes ces fonctions doivent donc également être assurées par une alternative réutilisable."
Les questions qui restent ouvertes
Le test malinois ne répondra pas à tout. Plusieurs inconnues subsistent, notamment sur la scalabilité géographique : un système qui fonctionne dans une ville de taille moyenne peut-il être déployé à l'échelle nationale sans multiplier les coûts logistiques par trois ? Quelle sera la durée de vie réelle des barquettes en conditions d'usage intensif ? À partir de combien de cycles le modèle devient-il rentable par rapport au jetable ?
Le projet REPASYS durera six mois. Les premiers résultats chiffrés sur les taux de retour, les coûts de lavage et les comportements consommateurs seront disponibles à l'automne 2026. D'ici là, les autres pays européens observent de près cette expérimentation belge qui pourrait définir les standards du réemploi alimentaire en grande distribution.
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