L'Italie vient de déposer auprès de la Commission européenne une demande de dérogation au PPWR pour continuer à utiliser des emballages plastiques compostables à usage unique. Une démarche qui soulève une question stratégique pour les industriels français : alors que les bioplastiques ne représentent même pas 1% du marché national des emballages, la France dispose-t-elle seulement de l'infrastructure pour les valoriser correctement ?
Une dérogation italienne qui révèle un écart d'infrastructures
Le 1er avril 2026, le ministère italien de l'Environnement a officiellement demandé à pouvoir déroger aux restrictions PPWR sur certains emballages plastiques à usage unique, à condition qu'ils soient certifiés compostables ou biodégradables selon les normes européennes. La demande couvre notamment les emballages de fruits et légumes de moins de 1,5 kg, les contenants pré-remplis dans l'hôtellerie-restauration, et certains produits cosmétiques et d'hygiène jetables du secteur hôtelier.
L'article 9 du PPWR autorise effectivement de telles dérogations nationales, mais sous une condition stricte : l'État membre doit démontrer qu'il dispose d'une infrastructure de collecte et de traitement des biodéchets suffisante. C'est précisément sur ce point que l'Italie se positionne. Le pays peut s'appuyer sur des taux de collecte organique largement supérieurs à la moyenne européenne, notamment à Milan où plus de 100 kg de biodéchets par habitant et par an sont collectés et compostés via des sacs certifiés Mater-Bi®.
Le paradoxe français : un marché embryonnaire, une infrastructure encore plus faible
En France, la situation est radicalement différente. Les bioplastiques représentent moins de 1% des emballages plastiques mis sur le marché, soit entre 20 000 et 50 000 tonnes par an sur un total de 2,1 millions de tonnes. Un marché de niche, donc. Mais le véritable problème n'est pas là.
Le paradoxe français tient en une donnée : même avec ce marché embryonnaire, la France ne dispose pas de l'infrastructure de compostage industriel permettant de valoriser correctement ces emballages. Les plus de 700 sites de compostage recensés sur le territoire sont majoritairement dédiés aux déchets verts et aux boues d'épuration. Très peu respectent la norme EN 13432 exigée pour traiter les emballages compostables industriellement.
Or, 80 à 90% des bioplastiques actuellement sur le marché nécessitent précisément ces conditions industrielles : température supérieure à 55°C, humidité contrôlée, durée de biodégradation de 3 à 6 mois. Le PLA (acide polylactique), qui représente 22% du marché mondial des bioplastiques, ou le PBAT (5% du marché), ne se dégradent pas dans un composteur domestique ou de proximité. Seuls 10 à 20% des bioplastiques sont certifiés pour le compostage à domicile selon la norme NF T51-800, essentiellement des amidons modifiés et certains films cellulosiques.
Ce que le PPWR dit vraiment des bioplastiques
Au-delà de la question des infrastructures, il est essentiel de comprendre que le PPWR n'accorde aucun statut privilégié aux matériaux biosourcés. L'article 8 du règlement prévoit certes une évaluation de ces matières d'ici février 2028, mais à ce stade, être biosourcé ne signifie pas être exempté des exigences de recyclabilité.
La distinction est cruciale : biosourcé ne veut pas dire compostable, compostable ne veut pas dire biodégradable, et aucun de ces trois termes ne signifie recyclable au sens du PPWR. Un emballage en PLA biosourcé reste un plastique qui doit répondre aux mêmes critères de recyclabilité qu'un PE ou un PP conventionnel, sauf s'il rentre dans les catégories très ciblées de l'article 9.
Alors, faut-il miser sur les bioplastiques compostables en 2026 ?
La réponse dépend de trois variables : le secteur d'application, la capacité à garantir une collecte séparée des biodéchets, et la présence d'une infrastructure de compostage industriel certifiée EN 13432 sur le territoire de commercialisation.
L'analyse complète sur Substack traduit ces trois variables en décisions concrètes :
→ La grille de décision en 4 critères — pour savoir précisément si votre application justifie un bioplastique compostable ou si la recyclabilité reste la voie la plus sûre
→ Le tableau comparatif France vs Autriche, Allemagne, Belgique, Italie — infrastructure de collecte, sites certifiés EN 13432, taux de valorisation réels
→ Les recommandations opérationnelles par horizon : ce qu'arbitrer maintenant (2026-2027), ce qu'anticiper pour 2028-2030, et la stratégie spécifique si vous exportez vers les marchés européens les plus avancés
Lire l'analyse complète — premier article offert →
Sources : Food Packaging Forum (avril 2026), Ministry for Environment and Energy Security (Italie), EUR-Lex PPWR, Pitaro et al. (2026) Resources Conservation & Recycling Advances, European Bioplastics, ADEME
Votre veille sur les emballages alimentaires innovants et éco concus
En vous abonnant à VigieFoodPack, restez en veille sur les dernières actualités et innovations en matière d'emballage alimentaire.
Contactez moi si vous souhaitez bénéficier d'une veille à la carte